Présentation des nouveautés
Dieu bénisse l'Amérique - Safranko, Mark
13e note editions
Le trajet de retour jusqu'à Oak Street est un supplice. Comme c'est l'été. Tous les voisins se prélassent sur leur véranda en maillot de corps. Ils fument des Raleigh ou des Pall Malt, boivent la bière au goulot et pelotent les miches polonaises rebondies de leurs femmes. Ils ne lâchent pas des yeux la famille Zajack. Ces fouines puantes espèrent toujours un spectacle - et rien ne vaut une bonne bagarre, qu'on se foute sur la gueule et qu'on s'empoigne par les cheveux. Eh bien. ils vont être servis.
Trauma - McGrath, Patrick
Actes sud
Malgré l'expérience qui est la sienne dans le traitement des traumatismes, Charlie Weir, psychiatre new-yorkais reconnu, n'a pas réussi à dépasser la culpabilité qui le ronge depuis le tragique échec thérapeutique qui l'a éloigné de sa femme et de sa fille. Sept ans auparavant. Entièrement voué à son travail, Charlie n'entretient plus guère de relations qu'avec sa mère, figure dépressive et funeste dont il n'a jamais vraiment cessé de subir l'ascendant - à la différence de son frère. Walt, fringant artiste peintre à qui tout semble réussir. L'idylle insolite que Charlie vient un jour à nouer avec la très instable et sulfureuse Nora et la relation exclusivement sexuelle qu'il prend le risque de recréer avec son ex-femme font progressivement remonter en lui des angoisses dont il voulait se croire à jamais débarrassé. Déchiré entre deux femmes assiégé par les spectres d'un passé opaque le psychiatre naguère clairvoyant assiste, impuissant à l'altération de ses processus mentaux, peinant à identifier son traumatisme personnel jusqu'à l'explicite et cruelle réactivation de celui-ci... Sur les tensions qui déchirent toute cellule familiale, sur les falsifications de la mémoire, sur la psyché lorsqu'elle se mue en chaos et sur le retour du refoulé jusqu'à la dépossession de soi, Patrick McGrath donne ici un puissant roman où un personnage commente lui-même, impitoyablement, sa propre destruction.
Ce monde cruel - Lange, Richard
Albin Michel
Dans Dead Boys, Richard Lange nous faisait découvrir un Los Angeles à mille lieues du mirage hollywoodien, rêve de carton pâte pour paumés, où pullulent les faux espoirs les motels crasseux. C'est au Tick Tock, un bar d'Hollywood Boulevard, que commence ce premier roman aussi délirant que désenchanté. Jimmy Boone, un ancien Marine, vient d'y trouver une place de barman, histoire de purger discrètement sa conditionnelle. Mais lorsqu'il accepte d'aider un copain plus ou moins mêlé à la mort d'un jeune clandestin guatémaltèque, il sait qu'il va au-devant de gros problèmes. Dans les bas-fonds de L.A., il croise des dealers mauvais en affaires, une strip-teaseuse enragée, des organisateurs de combats de chiens, une ex-flic à la beauté troublante, un boss mafieux et une fortune en fausse monnaie... Un monde cruel, auquel le style lapidaire et l'humour noir de Lange donnent une énergie unique. L'ex-marine Jimmy Boone essaie de se faire oublier en purgeant sa conditionnelle au Tick Tock, bar à touristes d'Hollywood Boulevard. Cédant comme toujours à son bon coeur, il décide d'aider un copain à élucider la mort mystérieuse d'un gosse de la zone. Plus Boone en apprend sur le garçon plus son enquête vire à la mission. Plongeant dans les bas-fonds de L.A., il va croiser quelques dealers malchanceux, une stripteaseuse vengeresse, des organisateurs de combats de chiens plus féroces que leurs molosses, une ex-policière à la beauté troublante, un caïd vicieux et son gang, et une fortune en faux billets. Et comprendre que sa quête de vérité est peut-être aussi sa dernière chance de rédemption... Après le très remarqué Dead Boys, Lange place la barre très haut avec ce roman noir dans la lignée des James M. Cain et Raymond Chandler, et qui pourrait bien se révéler le L.A. Confidential du 21e siècle.
Le polygame solitaire - Udall, Brady
Albin Michel
Après Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall raconte l'histoire exceptionnelle d'une famille non moins exceptionnelle. À quarante ans, le très mormon Golden Richards, quatre fois marié et père de vingt-huit enfants, est en pleine crise existentielle. Son entreprise de bâtiment bat de l'aile, son foyer est une poudrière minée par les rivalités et les menaces d'insurrection. Rongé par le chagrin depuis la mort de deux de ses enfants, il commence sérieusement à douter de ses qualités de père et de sa capacité à aimer. Golden Richards, tragiquement fidèle à ses idéaux, se sent seul. Mais dans le désert du Nevada, il va découvrir que l'amour est une mine inépuisable. Porté par une verve aussi féroce qu'originale, Le polygame solitaire nous parle avec humour du désir et de la perte, de la famille et de l'amour.
Le journal des cinq saisons - Bass, Rick
Bourgois
Témoignage le plus abouti et le plus mature que Rick Bass livre de sa vie dans la vallée du Yaak, Le Journal des cinq saisons reprend une réalité on ne peut plus tangible de la vie du Montana : entre la rudesse glaciale de l'hiver et l'explosion du printemps se glisse une cinquième saison, la saison brune, où les glaces ont déjà fondu pour se transformer en boue mais où la végétation n'a pas encore repris ses droits. Journal de bord quotidien et hommage à un écosystème incomparable, cet ouvrage est surtout le récit d'un lieu. On y comprend les mécanismes d'une disparition programmée, la chaîne des événements qui mènent de la rapacité aveugle à la destruction d'un des derniers fiefs de la nature sauvage aux Etats-Unis. Tel un Thoreau contemporain, Rick Bass nous donne à voir ce que nous risquons de perdre, entre mélancolie discrète et révolte passionnée.
Minuit dans une vie parfaite - Collins, Michael
Bourgois
A Chicago, en 1999, Karl, écrivain à la quarantaine languissante, traverse une crise existentielle. Après avoir connu le succès avec ses premiers romans, il peine à finaliser ce qu'il appelle son opus , dont il veut faire la pierre angulaire de son oeuvre. Sa compagne Lori, qui subvient réellement aux besoins du ménage, s'interroge aussi sur son avenir. Elle souhaite consolider leur couple et avoir un enfant, mais souffre de stérilité. Tandis qu'ils se lancent dans l'expérience de la procréation artificielle, Karl voit ses plus grandes peurs ressurgir, l'idée de devenir comme son père, un commercial itinérant qui a été retrouvé mort après avoir apparemment commis un meurtre. Karl avait alors tout juste 13 ans. Surgissent de plus des problèmes financiers car le traitement médical a un coût élevé. Or, à l'insu de Lori, Karl avait contracté des hypothèques sur leur maison afin de financer les soins à domicile de sa mère. Quant à sa source de revenus la plus conséquente, son travail de nègre en freelance pour l'auteur de thriller Penny Fennimore, elle s'amenuise. Il n'obtient aucune réponse de son éditeur qu'il ne cesse de relancer. Tandis que Lori progresse dans son traitement, Karl se sent de moins en moins investi dans leur relation et s'éloigne de son domicile confortable pour s'installer vers les rues reculées et mal famées de Chicago. Lorsque Fennimore réapparait avec une nouvelle proposition, Karl se met en quête de d'inspiration. Mais jusqu'où ira-t-il dans la recherche de la parfaite histoire criminelle ?
Entre deux verres - Block, Lawrence
Calmann-Levy
C’est à une réunion des Alcooliques Anonymes que Matt Scudder et Jack se retrouvent en 1980. Enfants, ils rêvaient d’être flics, mais seul Matt l’est devenu, Jack ayant à l’inverse effectué plusieurs séjours en prison. Huit mois passent. Scudder retrouve à nouveau Jack, qui ne boit toujours pas mais présente un visage tuméfié. Puis, plus de nouvelles, jusqu’au jour où Gregory Stillman, le parrain AA de Jack, lui apprend que ce dernier a été assassiné et que, dans un écrit, il a raconté tous ses crimes, de sang pour certains. Que faire ? Transmettre cette confession aux flics enquêtant sur le meurtre pour qu’ils aillent questionner des gens qui n’ont rien à voir avec cette histoire ou la cacher et courir le risque de laisser filer un assassin ? Scudder prend les choses en main et de fil en aiguille, non seulement découvre la solution, mais aussi – et c’est là toute la beauté de ce grand livre plein de nostalgie –, retrouve tous les carrefours de sa propre existence.
Chevalier de l'ordre du mérite - Testud, Sylvie
Fayard
Dès que je passe la porte de notre appartement, je me transforme. Sans plus aucune coquetterie, je retire mes escarpins, je jette mes vêtements dans la panière à linge sale. Je m'attache les cheveux sur le sommet du crâne, remonte mes manches, et c'est parti pour le rodéo de l'ordre et de la propreté. Une chorégraphie d'un genre peu sexy, à laquelle je ne renonce que tombante de sommeil. Pauvre Adrien : il vit avec une mégère. L'image n'est pas folichonne. C'est au bureau qu'ils vivent avec moi. Bien habillée, maquillée, coiffée. Pourquoi je me transforme? Pourquoi je n'arrive pas à suivre le mode de vie d'Adrien ? Pourquoi ça ne tourne pas plus... plus... plus carré ?
Métamorphose en bord de ciel - Malzieu, Mathias
Flammarion
Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle la Betterave . Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l'hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, ruais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter. Dans la tradition de ses contes pour grands enfants, Mathias Malzieu nous raconte l'histoire merveilleuse d'un homme qui veut tuer la mort et tutoyer les cieux. Ce faisant il nous livre une réflexion rare sur le pouvoir de la vie, et de l'amour.
Sans laisser de traces - McDermid, Val
Flammarion
L'affaire paraissait insoluble à l'époque : une riche héritière et son fils kidnappés en Ecosse, une remise de rançon catastrophique aboutissant à la mort de la femme et à la disparition de l'enfant. Malgré l'indice découvert vingt-cinq ans plus tard, Karen Pirie, l'experte en cold cases en charge du dossier, a donc peu d'espoirs de résoudre la célèbre énigme. Une autre affaire classée occupe déjà l'esprit de la détective : en 1984, au plus fort de la grève des mineurs qui divisait le Royaume-Uni, un gréviste avait disparu sans laisser de traces, abandonnant les siens. Mais de nouveaux éléments suggèrent qu'il ne s'agissait pas d'une simple désertion. A mesure que les enquêtes avancent, Karen va de révélation en révélation et s'enfonce toujours plus loin dans les labyrinthes du mystère... La reine incontestée du thriller psychologique joue avec nos nerfs dans un suspense démoniaque.
Homo erectus - Benacquista, Tonino
Gallimard
Imaginez une confrérie informelle qui réunit exclusivement des hommes, venus se raconter, en quelques mots ou en quelques heures, leurs histoires d’amour, sentimentales ou sexuelles. Des histoires qui, ainsi racontées, accèdent au rang de fictions. Des témoignages bruts, aussi, puisque l’histoire de chacun ne donne lieu à aucun débat, à aucune remarque : on raconte et on s’en va, tandis que les autres écoutent et se taisent. De la brève rencontre à l’attachement sentimental, ces récits viennent ponctuer trois histoires particulières qui illustrent chacune un aspect paradoxal des relations homme femme. Il y a ainsi l’homme qui est devenu « invisible » aux yeux des femmes, enfermé dans une douloureuse solitude qui vire à la dépression, lorsqu’une inconnue fait intrusion chez lui et décide de s’y installer sans lui demander son avis. A tout prendre, cette compagnie forcée vaut-elle vraiment mieux que la solitude ? Autre récit, celui du mari trompé, dont l’infortune conjugale est le drame de sa vie. Pour se venger de l’infidèle, il décide de ne fréquenter que des prostituées, de manière tout à fait rationnelle et organisée, d’ailleurs, puisqu’il y consacre un budget mensuel bien établi. Va-t-il parvenir à s’accomplir à travers cette diversité de femmes ? Autre histoire complexe que celle de l’intellectuel quelque peu médiatique qui se passionne pour les « people », au point de tomber amoureux d’un top model. Quelles extravagances spectaculaires vont-elles bien pouvoir sortir de ce choc culturel entre le paraître et l’intériorité ? Un roman aussi drôle que tendre, qui décortique avec brio les cas de figure les plus épineux, et les plus inédits de la relation amoureuse.
La fiancée des corbeaux - Frégni, René
Gallimard
"René Frégni marche chaque jour sur les chemins où ses filles ont couru grandi, avant de partir vivre leur vie. Seul désormais, il sillonne inlassablement une Provence brûlée par l'été et le gel. Dans un décor âpre et sauvage, il croise d'étranges silhouettes : un vieil homme sans mémoire regarde comme des fantômes les arbres qu'il a plantés, un truand qui a passé vingt-sept ans dans l'ombre des prisons lui raconte les lambeaux solitaires et violents de sa vie, une femme d'une mystérieuse douceur traverse des champs de neige suivie, de loin en loin par un nuage de corbeaux. Comme une suite a Elle danse dans le noir, ce journal est un chant d'amour qui monte des vastes déserts de pierre et de lavande que l'on découvre dès que l'on quitte Banon, Manosque ou Moustiers-Sainte-Marie, un chant mélancolique et lumineux un voyage parfois cruel vers la tendresse et la beauté."
Les âmes noires - Criaco, Gioacchino
Métailié
Natifs des âpres montagnes calabraises de la Locride, trois adolescents, bons élèves et bons fils, choisissent la voie du crime pour échapper à la misère. Mais ils auront beau refuser l'embrigadement de la Ndranghetta, la mafia calabraise, pour partir à la conquête du monde, devenant braqueurs à Milan puis trafiquants de cocaïne aux contacts des réseaux planétaires, islamistes compris, ils reviendront toujours sur ces hauteurs d'où l'on aperçoit deux mers mais où les porcheries cachent parfois des victimes d'enlèvement crapuleux, où les forêts sont hantés d'âmes noires, fugitifs recherchés par la justice étatique ou la vengeance mafieuse. C'est là, dans la grandiose cruauté des parties de chasse, dans les prodigieux banquets paysans et les beautés violentes de la nature, que les trois amis trouveront leur destin, comme ce taureau sauvage qui continue à galoper vers son tueur parce qu'il ne sait pas encore qu'il est mort.
Le fils - Rostain, Michel
Oh !
Avec une écriture incroyablement percutante et lucide, un père fait parler son fils Lion, foudroyé par une méningite à 20 ans, pour raconter le deuil difficile, heurté, et pourtant inéluctable. Par la voix tendre et ironique de son fils, Michel Rostain nous dit tout, du plus bouleversant au plus absurde, sur les jours et les semaines qui suivent la mort : emmener la couette chez le teinturier, les achats de supermarché, chaque minute du jour fatidique, le marketing des catalogues de cercueils, mais aussi ses secrets, la musique, le théâtre, l'éruption du volcan islandais… Il nous dit aussi le chaos et la solitude qui suivent l'enterrement, quand l'absence commence véritablement, et la vie qui force, pourtant, son chemin têtu jour après jour.
Maudit soit Dostoëvski - Rahimi, Atiq
P.O.L
"Un prince est debout, insouciant, tenant une coupe à la main. Derrière lui, sur un lit, gît un corps poignardé. Deux musiciens, dans un coin de la pièce, jouent du luth et de la guimbarde. À l'extérieur, derrière la porte, deux soldats montent la garde l'un est armé d'une grande épée et d'un écu, l'autre d'un filet de rétiaire et d'une lance gigantesque. Ils sont tous calmes, sereins, sauf une femme, cachée derrière une jalousie
Des lanternes à leurs cornes attachées - Jha, Radhika
Picquier
C'est à une Inde nouvelle que nous convie ce roman qui s'attache à une héroïne originale et hautement symbolique : une vache. Une vache surgit de la forêt. C'est le début d'une grande histoire d'amour qui va faire de l'humble Ramu et de sa femme Lakshmi les sauveurs de leur village. Jusque-là le village de Nandgaon vivait à l'écart du monde, dans une sorte de paradis soigneusement préservé. A l'insu de tous et en rupture avec la coutume, Lakshmi va faire inséminer la génisse venue de la jungle. La vie du village en sera bouleversée. Dans cette composition soigneusement orchestrée, Radhika Jha manifeste son amour pour son pays et les hommes simples qui l'habitent, confrontés à une nature à la fois féroce et maternelle. Son roman s'enracine dans la terre et le coeur de l'Inde, celle des fêtes, des rites et des dieux, celle aussi des notables et des sous-préfectures, évoqués avec humour lorsque germe en eux la graine de la cupidité. Son roman résonne en nous comme une parabole, une de ces épopées de vie et de mort qui se transmettra de génération en génération pour- expliquer comment le village de Nandgaon s'ouvrit un jour avec délices aux joies et aux vices de la modernité.
Jeux de vilains - Kellerman, Jonathan
Seuil
Un marais préservé en plein coeur de Los Angeles, blotti sous des ponts autoroutiers, jalousement gardé par une petite organisation écologiste. Un soir, le gardien du lieu découvre un premier corps de femme dont la main droite a été coupée. La première d’une horrible série. La victime la plus récente, dont la présence a été signalée par un coup de fil anonyme, mène Milo Sturgis sur la piste d’une famille richissime dont l’enfant est un génie du piano ayant reçu des cours de la dernière victime. Très vite, Milo, Alex et Moses Reed, un jeune détective, se focalisent sur Travis Huck, l’homme à tout faire des riches Vanders, en déplacement à l’étranger. La disparition soudaine de Travis Huck amène les policiers à le soupçonner, d’autant que l’homme possède un passé criminel. En dépit de ses antécédents et de son passé marginal, tous semblent vouloir protéger Travis et défendre une image d’homme sain et bon…Quel est le tueur en série qui se cache derrière ces crimes ignobles ? Et surtout quelle peut bien être sa motivation ?
Le paradis (ou presque) - Huston, Charlie
Seuil
Hank Thompson est content : il a trouvé le remède pour ses oreilles bouchées, et a placé en lieu sûr les 40 millions de dollars arrachés à la mafia russe de New York. Hank aime bien nager tout nu dans la mer turquoise avant d'aller dormir avec son meilleur ami, Bud le chat. Le paradis, en somme. Ou presque : un jeune routard débraillé, bouille ronde et accent russe, débarque sur sa plage. Il pose des questions. Trop de questions. Et lui propose un deal: l'argent contre la vie de ses parents. Embarqué dans une course folle, direction Las Vegas, Hank doit se débarrasser de ses compagnons de voyage trop curieux, échapper à la mafia, et aussi retrouver ce foutu magot, gardé par son copain Tim qui a eu la bonne idée... de se volatiliser.
Un traître à notre goût - Le Carré, John
Seuil
Printemps 2009. Sur l’île d’Antigua. Un oligarque russe, menacé par des rivaux avec l’appui du Kremlin, décide de livrer sa connaissance intime des circuits internationaux du recyclage de l’argent mafieux en échange de la protection des services secrets de sa Majesté et de la possibilité d’être accueilli avec sa famille en Angleterre. L’oligarque, dépeint d’une manière qui lui attire, au moins en partie, la sympathie du lecteur, mobilise à cet effet un jeune couple britannique en vacances sur l’île et destiné à le mettre en contact avec les dits services. La passion du tennis les a rapprochés. De l’île caribéenne à la finale Federer / Söderling à Roland Garros, en passant par les recoins feutrés des banques suisses et les paysages romantiques de l’Oberland bernois, la trame narrative permet à l’auteur d’exposer avec une rage contenue, à la fois l’étendue des enjeux économiques en question et la duplicité des acteurs dont le cynisme ne semble avoir d’égal que la cupidité ou la soif de pouvoir. « La parole a été donnée aux hommes pour dissimuler leurs pensées », disait Talleyrand. L’usage de la parole crée une aliénation chez les personnages. Il engendre une lutte entre les naïfs qui subissent cette aliénation et les cyniques qui l’exploitent à leur profit. La guerre est là au commencement et à la fin. Et toujours, elle broie les plus faibles.
Guerre sale - Sylvain, Dominique
Viviane Hamy
Florian Vidal, avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaines, a été assassiné de manière effroyable : brûlé vif aux abords d’une piscine, un pneu enflammé autour du cou, les mains menottées. C’est l’Afrique en plein coeur de Colombes, patron. Les connaisseurs appellent ça le supplice du Père Lebrun. Une technique en vogue à Haïti du temps des tontons macoutes. La coutume est sans doute née à Soweto où elle était, entre autres, la punition favorite pour les voleurs. Vous connaissez le cri de révolte de l’anti-apartheid radical ? « Avec nos boîtes d'allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays. » L’une des phrases favorites de Winnie Mandela. Or, cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, l’assistant de Lola, de père français et de mère congolaise, avait été assassiné de la même façon. C’est ce meurtre, jamais élucidé, qui avait conduit Lola à anticiper sa retraite. Florian Vidal travaillait pour Richard Gratien, maillon fondamental de la Françafrique pour le secteur de l’armement. Redoutable et froid, Mister Africa, souvent dans le collimateur de la justice française, s’était pris d’affection pour Florian qu’il avait engagé comme chauffeur. Par la suite, il en avait fait un avocat réputé et riche et, avec les années, son fils adoptif. Pour Lola le lien entre les deux affaires ne fait aucun doute. Elle reprend alors son enquête mais empiète terriblement sur le travail du commandant en charge de l’affaire, fort sensible en raison des milieux qu’elle touche : la finance, la politique, les affaires étrangères, Sacha Duguin, ancien amant de son amie Ingrid avec qui il continue d’entretenir des rapports houleux… Lola doit se rendre à l’évidence, seule elle ne pourra rien, l’ennemi est plus puissant qu’il en a l’air. Dans ce contexte difficile, quel rôle notre duo va-t-il bien pouvoir jouer ?
Grandeur et décadence d'un peu tout le monde - Cuppy, Will
Wombat
Montezuma était empereur des Aztèques, et les Aztèques étaient des Indiens qui vivaient à Tenochtitlàn, c'est-à-dire à Mexico. Non, ce n'étaient pas des Incas. Ils avaient leurs défauts, mais ce n'étaient pas des Incas. Et les Mayas étaient encore autre chose. Ils vivaient au Yucatàn, au Tabasco, au Guatemala, et fabriquaient des sculptures pour mettre dans les musées. Les Toltèques, eux, inventèrent le calendrier aztèque, au moyen duquel tout le monde perdait énormément de temps . Des pharaons de l'Égypte antique aux rois de France, en passant par les plus grands monarques, conquérants et explorateurs, ou encore les plus célèbres courtisanes, Grandeur et décadence d'un peu tout le monde revisite les figures majeures de nos livres d'histoire, dont il brosse des portraits aussi drôles que véridiques. Rarement on aura mis autant d'érudition au service du rire - les irrésistibles notes de bas de page de Will Cuppy (art qu'il avait poussé à la perfection) constituant à elles seules un régal d'humour pseudo-savant. Cette nouvelle édition de son chef-d'oeuvre, traduit une première fois en 1953, est complétée d'une introduction ainsi que de quatre chapitres entièrement inédits.
La Complainte du paresseux - Savage, Sam
Actes Sud
Nous sommes au fin fond de l’Amérique des années 1970, sous le règne de “la clique de Nixon”, et il n’est pas aisé d’accoucher l’avant-garde littéraire d’un pays qui patauge dans ses conservatismes, tout en réglant des problèmes de plomberie, de locataires “de basse qualité” et en affrontant les médisances d’un environnement provincial petit-bourgeois. On tombe dans l’intimité d’Andrew, irrésistible odieux personnage, raté rageur et menteur à la mélancolie féroce et toxique, à l’humour proprement redoutable et à la philosophie questionnable, à travers son abondante correspondance : à son ex, qui a fui à New York pour s’adonner à l’art dramatique (et qui la blâmerait ?), à ses vieux copains de fac devenus “quelqu’un” dans le monde des lettres et qu’il tente d’attirer comme invités vedettes d’un improbable festival pour lequel il fomente un programme inquiétant, à des aspirants auteurs qui lui soumettent des textes pour sa revue mais aussi à son banquier (inénarrable diatribe !) ou à ses locataires auxquels il réclame un loyer ou refuse une réparation, quand il n’emprunte pas l’identité, réelle ou fictive, de supposés supporters de son travail pour prendre sa propre défense dans le courrier des lecteurs de publications concurrentes. On retrouve dans cet autoportrait kaléidoscopique les thèmes de prédilection de l’auteur : la solitude, la déchéance, physique, morale, psychique et financière, ici visitée dans ses moindres recoins, et la noire ironie du sort des hommes. Et l’on retrouve aussi son talent singulier pour faire surgir le rire des situations les plus sombres, des blessures les plus douloureuses, des obsessions les plus incongrues.
Ces choses que nous n'avons pas vu venir - Amsterdam, Steven
Albin Michel
Situé dans un pays indéterminé, mais qui ressemble aux Etats-Unis, ce livre rassemble des personnages, et notamment un narrateur anonyme, confrontés à ce que l'on pourrait qualifier d’ « apocalypse », à savoir la chute de notre civilisation, l'effondrement du système, et le chaos qui s'ensuit. Un chaos qui tourne vite à la lutte pour la survie, dans un monde devenu sauvage. Et si c'était demain ? Comment lutterions-nous contre les désastres naturels, la ségrégation entre les gens selon les endroits où ils vivent ou selon les zones de quarantaine, la lutte contre les épidémies, les complications politiques et le terrorisme radical ? Ces choses que nous n’avons pas vues venir est une oeuvre d'anticipation mais qui colle au présent, sans artifice, ni effets spéciaux. C'est ce qui donne au livre sa puissance et son originalité, de même que la force du style et l'intensité du récit. Tout à la fois étrange et familier, ce roman est traversé de fulgurances sombres, mais aussi de grands moments de beauté. Authenticité, puissance des images et des émotions, tout y interroge notre humanité, notre capacité à nous adapter sans cesse et à tenir, face à la violence et à la brutalité.
Parrot et Olivier en Amérique - Carey, Peter
Bourgois
Lorsque Olivier, jeune aristocrate français, est envoyé vers le Nouveau Monde - au prétexte d'étudier ses prisons, en réalité pour échapper à une nouvelle révolution -, Parrot l'accompagne. Ce fils d'un imprimeur britannique se rêvait artiste, mais divers événements l'ont contraint à devenir domestique. Aussi improbable que leur couple puisse paraître, ils cheminent ensemble, rencontrent des démêlés amoureux, pécuniaires, se lancent dans des expériences artistiques et, plus encore, mesurent avec bonheur les possibilités offertes par ce pays en pleine expansion démocratique. Avec cette réinvention virtuose du voyage d'Alexis de Tocqueville, Peter Carey nous offre un roman infiniment divertissant et inventif sur la liberté, l'art, l'amitié, et la naissance de l'Amérique moderne.
Mon âme au diable - Gattégno, Jean-Pierre
Calmann Lévy
Six mois ont passé depuis la rentrée et Théodore Simonsky, obscur professeur vacataire, n'a encore effectué aucun remplacement ni perçu le moindre salaire. Sa situation est devenue si critique qu'il est prêt à accepter n'importe quelle mission. Or, voilà que Thomas Guérini, un haut fonctionnaire du ministère de l'Education nationale, lui propose un poste au collège Verdi dans le XIX e arrondissement. Le climat délétère de cet établissement, les exactions des élèves, leurs turpitudes et leur agressivité ont transformé cet endroit en un véritable cauchemar pour les professeurs. Thomas Guérini n'y envoie pourtant pas Théodore Simonsky pour enseigner quoi que ce soit : il lui demande simplement d'assassiner la principale... Conduit à la manière d'un thriller, ce roman dresse avec humour le portrait du premier professeur tueur à gages rémunéré par le Trésor public et, à travers lui, celui d'une société toujours plus corrompue.
Le Léopard - Nesbo, Jo
Gallimard
Deux femmes sont retrouvées mortes à Oslo, toutes les deux noyées dans leur sang. La police, en pleine guerre inter-services, se retrouve face à un mystère, puisque les blessures à l’origine des hémorragies fatales semblent avoir été provoquées de l’intérieur. La belle Kaja Solness, de la brigade criminelle, est envoyée à Hong Kong pour retrouver le seul spécialiste norvégien en matière de tueurs en série. Le policier alcoolique s’est caché dans une ville d’un million d’habitants pour fuir les démons assoiffés de sang d’anciennes affaires, les souvenirs amers de la femme qu’il aime ainsi que les membres des triades à qui il doit de l’argent. Ce flic s’appelle Harry Hole… Pour la huitième affaire de son enquêteur fétiche, Harry Hole le détective au grand coeur et à la gueule cassée, Jo Nesbo nous livre son roman le plus complexe et le plus maîtrisé. Le léopard est une traque sans pitié qui laisse le lecteur pantelant. Nous promenant des pics enneigés de la Norvège aux volcans sulfureux du Congo, rien ne nous est épargné : avalanches mortelles, volcan en éruption, tueur en série à faire frémir, guerre des polices et manipulations en tout genre, sans oublier une histoire d’amour en arrière-plan pour offrir des moments de respiration au coeur de cette tornade d’action aux reflets d’hémoglobine. Nesbo mène son récit tambour battant, comme au volant d’un bolide lancé à tombeau ouvert jusqu’à la dernière page. Un thriller magistral.
Le Dernier stade de la soif - Exley, Frederick
Monsieur Toussaint Louverture
"Frederick Earl Exley (1929-1992) est à la fois unique et emblématique. Unique, car il habitait un univers étrange et n'obéissait à aucune règle emblématique car, en écrivain américain typique, sa légende s'est faite sur un seul livre. Inédit en France, le dernier stade de la soif est considéré comme un livre culte depuis sa publication en 1968. Avec mordant et poigne, Exley décrit les profonds échecs de sa vie professionnelle, sociale et sexuelle, ses tentatives pour trouver sa place dans un monde inflexible le mènent aux quatre coins du pays, mais surtout à l'hôpital psychiatrique d'Avalon Valley. Au gré des bars, des boulots et des rencontres improbables, l'obsession d'Exley pour la gloire, les New York giants et leur joueur star, Frank Gifford, grandit, dans ses mémoires fictifs, en plongeant la tête la première dans ce long malaise qu'est sa vie, Frederick Exley transforme la dérive alcoolisée d'un marginal en une épopée renversante. Chargé en grande partie de ce qu'il appelle les fardeaux du chagrin et de catastrophes ordinaires, ce premier roman est un époustouflant voyage littéraire, c'est drôle. C'est touchant. C'est à la fois Nabokov et Bukowski et Richard Yates et Thomas Bernhard."
Une famille romanesque - Colussi Pasolini, Susanna
Seuil
La mère de Pier Paolo Pasolini raconte l'histoire et les exploits de quelques ancêtres entre le début du me siècle, pendant les guerres napoléoniennes, et le début du XXe siècle. Elle évoque aussi avec des détails émouvants sa propre enfance et ses études qui lui ont permis d'acquérir une grande culture et un rapport profond avec la littérature. Tous les épisodes s'enchaînent naturellement, puisque les personnages sont liés familialement. On lira également des pages sur les événements historiques du Frioul (dont l'épisode de l'invasion des Turcs, qui a inspiré à Pasolini une pièce de théâtre). L'influence de cette saga sur l'imaginaire amoureux et sur l'esthétique littéraire de Pasolini est évidente. Plusieurs épisodes se retrouvent, en effet, dans Romancero , une section de son recueil poétique La Meilleure Jeunesse (1953). Et le style même de Susanna a déterminé celui des premiers écrits de son fils, grâce à l'acuité de son intelligence et à sa vision de la famille (dominée par des frustrations, des secrets, des amours clandestines, des suicides, des tentatives de meurtre, des départs à l'étranger) et de la religion : imprégnée de culture catholique, elle explique comment elle s'est détachée, comme le fera son fils, de l'Église pour retourner à une vérité évangélique.
G229 - Blondel, Jean-Philippe
Buchet- Chastel
Je vous ai accordé une salle. Une salle, vous savez, ça n'a pas de prix. C'est la 229, bâtiment G. G229. Allez chercher la clé chez la concierge. Bon, je crois que cet entretien est terminé. Nous nous croiserons souvent désormais. Bienvenue ici. Je remercie le proviseur, mais il ne m'écoute déjà plus. Un proviseur, ça a beaucoup de choses à penser. Un prof, non. Un prof, ça ne pense qu'à une chose, ses classes. Puis soudain, il est de nouveau là, présent. Il me fixe. Il dit : Le plus dur, dans le métier, vous savez, c'est de manier le on et le je. Je réponds que euh, je ne suis pas sûr de comprendre. C'est une institution, l'école. Vous entrez dans un bulldozer. Il faut arriver à en devenir membre sans perdre son individualité. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit, vous verrez. Le on et le je. Réfléchissez-y. Bonne chance !


































