Présentation des nouveautés
L'art français de la guerre - Jenni, Alexis
Gallimard
J'allais mal tout va mal
Le dos crawlé - Fottorino, Eric
Gallimard
Été 1976 sur l’Atlantique. Deux enfants rêvent de pays lointains. Les parents sont si décevants. Marin a treize ans et Lisa dix. Marin raconte le sable qui brûle et autre chose qu’il ne saurait dire quand il regarde Lisa et la mère de Lisa, une ancienne Miss Pontaillac. Les coeurs s’écorchent. L’enfance se consume. Heureusement Oncle Abel est là qui veille en douce. Et monsieur Archibouleau avec ses gros muscles. Et monsieur Maxence qui écoute la météo marine. Et le père Juillet qui pédale comme un jeune homme. Heureusement les parties de pêche, les complets-poisson, l’odeur des citronniers, de la menthe, la douceur du chat Grizzly et de Plouff le chien. Heureusement le docteur Malik et ses bouquets de jasmin, la Corniche, le Casino, les plages de la Côte sauvage, les glaces de chez Judici. Heureusement le potager, les belles villas, les feux de Cordouan. Un jour Marin et Lisa se sauveront en nageant le dos crawlé, et tant pis pour la mort qui rode sur la mer… Un roman solaire, au sens où le soleil tantôt caresse et tantôt brûle.
Freedom - Franzen, Jonathan
Olivier
Patty a décidé une fois pour toutes d’être la femme idéale. Mère parfaite, épouse aimante et dévouée, cette ex-basketteuse ayant un faible pour les bad boys a fait, en l’épousant, le bonheur de Walter Berglund, de St. Paul (Minnesota). A eux deux, ils forment le couple « bobo » par excellence. En devenant madame Berglund, Patty a renoncé à bien des choses, et d’abord à son amour de jeunesse, Richard Katz, un rocker dylanien qui se trouve être aussi le meilleur ami de Walter. Freedom raconte l’histoire de ce trio, et capture le climat émotionnel, politique et moral des Etats-Unis de ces 30 dernières années, dans une tragi-comédie d’une incroyable virtuosité. Comment vivre ? Comment s’orienter dans une époque qui semble devenue folle ? Jonathan Franzen relève le défi et tente de répondre à cette question, avec cette histoire d’un mariage d’une implacable cruauté. Freedom a bénéficié dès sa sortie d’une rumeur très favorable, et même avant, lorsque le magazine TIME daté du 23 août a consacré sa couverture à Jonathan Franzen (cela faisait tout juste 10 ans qu’un écrivain avait connu une telle visibilité). La presse a tout de suite embrayé, avec des comptes-rendus enthousiastes, notamment Michiko Kakutani, la redoutée critique du New York Times. Et Oprah Winfrey a (finalement!) invité l’auteur à son show, qui est l’émission la plus regardée aux U.S.A.
Les dépossédés - Sem-Sandberg, Steve
Robert Laffont
"Créé en 1940, le ghetto de la ville de Lodz, le plus grand de Pologne, survécut jusqu'en 1944, alors que les nazis avaient prévu d'en exterminer la population en moins d'un an. Ce sursis est dû à la personnalité d'un seul homme, Mordechai Chaim Rumkowski, président du Conseil juif. Convaincu que si les juifs se rendaient indispensables à l'effort de guerre allemand, ils seraient épargnés, Rumkowski transforma le ghetto en une cité ouvrière hyperproductive. Pris au piège de sa logique, il sacrifia les inadaptés et les indésirables : malades, vieillards et enfants. Il se mua ainsi, consciemment ou non, en un très efficace rouage de la machine d'extermination nazie. Pour écrire ce roman, Sem-Sandberg s'est inspiré des archives du ghetto de Lodz. Y étaient collectés quantité de faits officiels, mais aussi des informations interdites cachées par les résistants : journaux intimes, tracts, bulletins de guerre des Alliés, cartes militaires. Privilégiant une écriture sobre ponctuée de purs moments de poésie, Sem-Sandberg fait le pari de la littérature. À notre époque où les derniers témoins disparaissent, il montre que le roman peut rendre compte de la Shoah sans la trahir. Il se pose en héritier d'une autre manière d'accomplir le devoir de mémoire : il n'est pas témoin, mais il est passeur. Sans témoin, l'Histoire perd son sens sans passeur, elle s'efface."
Brut - Frioux, Dalibor
Seuil
Milieu du XXIe siècle. A l'écart des grands continents minés par la violence et la pollution, la Norvège remet chaque année le prix Nobel de la Paix. Comme en retour, l'ONU classe ce petit royaume au premier rang du développement humain, offrant la vie dont tous ont toujours rêvé : opulente, juste, pacifique, dans une démocratie à taille humaine, en symbiose avec la nature. A quelques mois des élections générales, tandis que Katrin, ancienne mannequin mariée à un riche homme d'affaires, vit comme un coq en pâte à Oslo, sa fille Sigrid atterrit à Ekofisk, la plus ancienne plate-forme de la mer du Nord. Tel est le rituel offert par la Banque centrale aux jeunes diplômés recrutés pour gérer le bon millier de milliards d'euros de la cagnotte nationale. Car le secret de la plénitude norvégienne est le pétrole et sa gestion austère dans un Fonds éthique, afin d'échapper à la dilapidation et à la corruption. Rivalisant de bonnes intentions, le royaume a même transformé une partie du Nigeria en paradis de l'agriculture biologique. Le parrain de Sigrid, Kurt Jensen, grand constructeur de barrages, ne croit pas à tant de bonté et rêve de finir sa brillante carrière au comité qui remet le Nobel. Mais il va se heurter aux intérêts du parti populiste qui promet d'enfin distribuer la manne, et aux turpitudes sous-marines de l'Etat-pétrolier. Il va aussi croiser la route de Geir Lund, un ancien plongeur qui a participé à la construction des premières plates-formes off shore en mer du Nord. A travers Geir, c’est la légende noire d’un âge industriel révolu qui refait surface, tandis qu’on s'en prend aux immigrés et que des jeunes meurent, atteints d’un mal mystérieux.
Carénage - Coher, Sylvain
Actes Sud
"Seule la vitesse compte. Le vent, le froid, les bruits, les visions, les sensations dépendent de la vitesse. Quand il est lancé sur sa machine, couché sur le corps de métal, entre sa fin d’insomnie et l’apparition du soleil, Anton vibre de la seule vie qu’il se souhaite. Une course intense et sans fin dans l’immobilité pesante des jours. Pas d’avenir, mais l’instant transcendé pas d’objectif sinon une courbe à négocier, une plaque de verglas à éviter. Pourtant des projets seraient possibles avec Leen, qui l’aime et qu’il devrait aimer, qu’il aimerait complètement s’il n’y avait l’Elégante, l’impossible rivale de marque Triumph, l’ensorceleuse aux relents d’huile et de cuir, à la souplesse d’hirondelle. Tous les jours, aux petites heures, Anton fend l’air, comme suspendu dans le vide, quelque part entre le pont et l’eau. Il fonce comme on choisit sa mort. Il roule comme on vit, sans pouvoir s’arrêter. Mais la brume glacée qui monte la nuit des routes forestières de l’Est porte son lot de cauchemars et de fantômes, comme celui d’Arman, l’ami des équipées adolescentes devenu concurrent et faux-frère avant de finir sur le périphérique, sa Ducati écrasée contre un camion… Le carénage ne protège que du vent, et la vitesse que du vide. Dans une atmosphère humide de brouillard et de sueur, la chevauchée hallucinée d’Anton défie l’ennui au nom de l’absolue liberté. Hypnotique, précise et sonore, la langue de Sylvain Coher épouse les froides lignes de la mécanique pour produire la poésie la plus lumineuse. Sur l’obsession et les rendez-vous fatidiques, Carénage est un roman envoûtant et sensuel, à l’impressionnante puissance onirique.
La femme au miroir - Schmitt, Eric-Emmanuel
Albin Michel
Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale du début du siècle, Anny Lee à Los Angeles de nos jours. Trois destins, trois aventures singulières, trois femmes infiniment proches tant elles se ressemblent par leur sentiment de différence et leur volonté d'échapper à l'image d'elles-mêmes que leur tend le miroir de leur époque. Tout les éloigne de ce que la société, leur entourage, les hommes ont décidé à leur place. Anne la Flamande ressent des élans mystiques qui l'entraînent vers le béguinage. Hanna, une des premières patientes d'un disciple de Sigmund Freud, enfreint tous les codes familiaux et moraux de son temps. Anny, dont le talent annonce une fulgurante carrière d'actrice, pourrait se révolter contre le modèle hollywoodien. Egalement insoumises et rebelles, laquelle trouvera, et au prix de quels combats, sa vérité et sa liberté ? Or, de manière inattendue et par une suite de hasards objectifs ménagés par l'auteur avec une habileté extrême, ces femmes vont devenir, par delà le temps, les héroïnes d'un seul et même roman.
Les revenants - Kasischke, Laura
Christian Bourgois
Élève brillante, Nicole était douce et sociable (cheftaine scout, membre de plusieurs associations d’étudiantes). Elle meurt subitement dans un accident terrible. À l’automne suivant, tandis qu’un nouveau semestre commence, Craig, l’ancien petit ami de Nicole est renvoyé de l’université médiocre où il était entré par relations. Tenu pour responsable de la mort de Nicole mais relâché faute de preuves, il ne parvient pas à surmonter le drame, ne cesse d’y repenser et a l’impression de voir Nicole partout. Perry, son colocataire, était dans le même lycée que Nicole. Lors d’un séminaire sur la mort par Mira Polson, professeur d’anthropologie, il fait part de ses interrogations et de ses doutes quant à la disparition de la jeune fille. Il dit avoir connu la vraie Nicole : une personne manipulatrice, malhonnête, et séductrice. De son côté, Shelly Lockes, unique témoin de l’accident, conteste la version officielle, selon laquelle Nicole, baignant dans une mare de sang, n’aurait pu être identifiée que grâce à ses bijoux. Selon elle, la jeune fille était inconsciente mais ne présentait aucune lésion. D’étranges événements surviennent alors: mystérieux appels téléphoniques, cartes postales énigmatiques, apparitions de Nicole… ou d’une fille qui lui ressemble. La rumeur enfle à Godwin Hall, précipitant Craig, Perry, Mira et Shelly au coeur d’un ténébreux mystère qui va transformer leurs vies pour toujours: se pourrait-il que, trop jeune pour mourir, Nicole soit revenue ?
La Zonzon - Guyard, Alain
Dilettante
Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s’en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards, histoire de pondérer leurs ardeurs et d’ouvrir dans leur mental irascible une fenêtre vers le ciel des transcendantaux. Nietzsche a rêvé d’une « philosophie à coups de marteau », Guyard vous offre, porté par un style goûteux et argotique, la métaphysique à coups de mandales. « Et voilà comment j’étais en train de monter la seule école française de philosophie qui ne recrutait pas des pisse-froid de normaliens ou des agrégés de mes deux, mais de solides castagneurs, des videurs de boîtes à putes et des maquereaux de la Côte d’Azur. La faculté n’avait qu’à bien se tenir… Tremblez, rédacteurs de Philo Magazine et petits philosophes branleurs qui se la pètent anars et posent en rebelles en lisant du Onfray… L’hallali de la philosophie confisquée par les bourgeois a sonné !… Bientôt vont débouler sur les champs de course du concept des lascars sans foi ni loi, citant Stirner, Paul Lafargue et Georges Sorel !… »
Tableaux noirs - Jaubert, Alain
Gallimard
Récit d’enfance, roman d’apprentissage, fable autobiographique, ce roman truculent est violemment coloré de toutes les sensations, parfumé de toutes les odeurs, maculé de toutes les humeurs découvertes par un enfant né en 1940. Ce que l’on entend, touche, sent, mange, voit, est décrit dans une profusion d’onomatopées, de mots, de descriptions, de flashs, de plans de cinéma, avec une gourmandise et un excès qui emportent le lecteur. Le petit héros de l’histoire est parisien, élevé dans le huitième arrondissement où il ira à l’école, puis faire ses devoirs dans la maison de couture de sa mère Faubourg Saint-Honoré, tout en épiant les belles clientes au moment des essayages. Il veut voir, voir ce qui est caché, toucher aussi, mais c’est plus difficile. Ce petit bonhomme découvre la vie avec un enthousiasme et un appétit féroces. Il passe son temps à observer, à essayer d’appréhender la totalité de l’univers qui s’offre à lui, dans une multitude de détails extraordinairement précis, poétiques ou brutaux, en particulier ses premiers contacts avec la mort ou avec la sexualité. Cela commence pendant la guerre, puis après, avec la rue Marbeuf pleine d’Américains, le bord de mer et la campagne aussi, l’apprentissage des lettres, celui des petites filles et des femmes en général, la première école… Des centaines de tableaux, d’historiettes s’égrènent au long de cette chronique, tour à tour émouvants, poétiques, scientifiques, dégoûtants, comme des sciences naturelles, avec une magnifique description du Paris de l’immédiat après-guerre qui paraît si lointain aujourd’hui. On reconnaît là le regard aiguisé, toujours aux aguets, et la vaste culture de l’auteur, grand amateur de sensations. Une réussite incontestable.
Jayne Mansfield 1967 - Liberati, Simon
Grasset
« Aux basses heures de la nuit, le 29 juin 1967 sur un tronçon de la route US 90 qui relie la ville de Biloxi à la Nouvelle Orléans, une Buick Electra 225 bleu métallisé, modèle 66, se trouva engagée dans une collision mortelle. »Dans cette Buick broyée se trouvait une femme, une Hollywood movie star de trente-quatre ans, danseuse nue à Las Vegas, célébrissime sex-symbol des années 50.Simon Liberait ressuscite Jayne Mansfield, l'actrice méconnue la plus photographiée au monde, fouille amoureusement dans les recoins les plus ténébreux de sa vie, retrace ses dernières heures en plein été hippie, qui disent aussi le crépuscule de l'âge d'or hollywoodien. Au programme : perruques-pouf, LSD 26, satanisme, chihuahuas, amants cogneurs, vie desaxée, mort à la James Dean, cinq enfants orphelins et saut de l'ange dans l'underground.Une oraison funèbre et morbid chic dans la droite ligne de Truman Capote et Kenneth Anger.
Les îles - Lançon, Philippe
Lattès
C’est l’histoire d’une femme élégante et éduquée de Hong-Kong qui devient folle lors d’un voyage à Cuba. C’est l’histoire des raisons pour lesquelles elle y est allée. C’est l’histoire de l’effet de cette folie sur celui qui la raconte, l’imagine : ses souvenirs, ses amours, ses amis, ses rêveries. C’est l’histoire d’un homme dont le cœur est vissé à ces deux îles où rien n’aurait jamais dû le conduire, sinon l’obscur et capricieux désir de vivre l’instant, de n’en plus sortir, de l’écrire et d’aimer. C’est l’histoire de gens qui vivent à Hong-Kong, à Paris, à Cuba, en Inde. Ils sont seuls et voyagent parce qu’ils sont seuls. Ce sont des îles.
L'Evaporation de l'oncle - Montalbetti, Christine
POL
Pourquoi est-ce qu'on dit ça, évaporé, pourquoi est-ce qu'on parle d'évaporation, toujours est-il qu'il y en a pour prendre leurs cliques et leurs claques et disparaître avant le lever du jour, et ceux-là s'en vont reconstruire ailleurs une vie sous un nouveau nom, et sans doute aussi avec un passé imaginaire, une histoire inventée, si on le leur demande, pour brouiller les pistes. C'est cela qui est arrivé à l'oncle. Un matin, quand tout le monde dormait encore dans la maison, il a franchi silencieusement le seuil, et son corps s'est enfoncé dans la brume bleue de l'aube.
Un été sur le Magnifique - Pluyette, Patrice
Seuil
Hercule, un jeune fermier qui travaille sagement la terre, fait la connaissance d'Angélique, la fille du châtelain voisin, qui a beaucoup voyagé. Elle initie le garçon aux plaisirs de l'amour et de la chair. C'est l'été. La chaleur accompagne leur idylle, bientôt troublée par l'arrivée de Patricia, une bombe sexuelle débarquée de Californie, qui entend les convertir à des activités plus actuelles : pornographie, échangisme, orgies sans limites. Le récit est entrecoupé de bonds dans le futur où l'on voit Hercule et Angélique aux prises avec la réalité du couple aujourd’hui, hors de l’Éden de la jeunesse. Nous les suivrons notamment dans une croisière méditerranéenne sur un paquebot de luxe, monde flottant conçu pour divertir des milliers de passagers grâce à ses multiples activités. Mais cette parenthèse maritime tourne mal. Il est temps pour nos héros de revenir aux plaisirs essentiels : la libération des sens par le sexe. Dans un finale délirant, de nouveaux personnages débarquent pour participer à une partouze. Les obstacles se succèdent. La jouissance n'est pas si facile à atteindre. Se jouant des codes et des lieux communs de la littérature, l’auteur crée une comédie de moeurs tour à tour riante, incisive, nostalgique et grave. Il s’en dégage une étonnante réflexion sur la société actuelle : création de besoins, emprise du matériel, nouvelles activités pour nouvelles formes de détente, course à l’enrichissement et la connaissance de soi, individualisme exacerbé. Qu’est-ce qu’être heureux au vingt et unième siècle ?
Le pacte des vierges - Schneider, Vanessa
Stock
2008, Gloucester, États-Unis. Dix-sept jeunes filles d’un même lycée tombent enceintes en même temps. Stupeur dans la ville. La rumeur publique fait état d’un pacte. Les gamines se seraient concertées pour faire et élever leurs enfants ensemble. Qu’en est-il exactement ? À une journaliste venue enquêter sur l’événement, quatre d’entre elles se racontent. Il y a Lana, la meneuse, dont le père a disparu un jour, la laissant seule avec une mère devenue mutique, abrutie de médicaments, d’alcool et de télévision. Placée un temps dans un foyer, elle y a rencontré Cindy dont la mère a quitté le domicile pour s’enfuir avec le plombier et que sa tante a ensuite recueillie. Il y a Sue, coincée entre ses parents puritains et bien-pensants, et Kylie, qui partage la passion de sa mère pour Kylie Minogue et enchaîne les concours de Mini-Miss depuis toute petite. Leurs voix se succèdent pour évoquer le « groupe », leurs relations, le mystère de leur grossesse multiple et ce pacte, qui leur permet d’échapper au quotidien d’une ville portuaire où le chômage et ses conséquences déciment les familles et laissent peu de place à un avenir meilleur. À travers la narration croisée de ces quatre vies d’adolescentes, à travers le récit de leur enfance et de leurs blessures, de leurs espoirs et de leurs bonheurs, Vanessa Schneider nous raconte avec tendresse et non sans humour une certaine société américaine entre désoeuvrement, rêves et réalité.
Pas d'inquiétude - Giraud, Brigitte
Stock
Au lieu d’aménager la maison qu’il vient juste de faire construire, le narrateur de Pas d’inquiétude va être contraint de prendre un long congé pour rester près de son fils malade et s’installe avec lui dans un tête à tête fait de gestes et d’actes inédits chaque jour réinventés. Homme au foyer malgré lui, il s’éloigne de l’imprimerie où il travaille et de Manu, l’ami indispensable, et glisse dans une vie domestique et invisible, pendant que sa femme, récemment embauchée dans une PME, ne peut se permettre aucune absence et n’a d’autre alternative que se dévouer à son poste. Cette famille ordinaire perd petit à petit ses relations sociales et ses repères, happée par la logique de la maladie qui donne soudain un autre sens à son existence, fait voler en éclat la place de chacun, celle des parents autant que celle de Lisa, la grande soeur, et voit la vie des autres se dérouler à l’extérieur, soudain irréelle et inaccessible. Le jour où les collègues de l’imprimerie donnent chacun de leurs congés pour permettre au père de renouveler les journées qu’il consacre à Mehdi, cet élan de solidarité radical et inattendu bouleverse codes et habitudes, et se pose alors, de manière plus forte encore, la question de l’équilibre entre sphère sociale et sphère familiale. Tout finit par se nouer autour de ce nouveau temps imparti, inespéré mais qui agit comme un piège, tant il est compliqué de recevoir un tel cadeau. Dans un monde où la solidarité est loin d’être une norme, la générosité des collègues rassure autant qu’elle déstabilise, d’autant qu’ils offrent du temps et non de l’argent. Le récit tente de sonder ce que serait une vie dédiée à l’autre, aux autres, de même qu’il pose la question du don, de la dette, de la soumission et la domination, tout en interrogeant : qu’est-ce qu’être un père aujourd’hui, et qu’est-ce qu’être un couple de parents ?
Revenants - Lelorain, Patrice
Table Ronde
Pourquoi nos grands frères nous étaient-ils étrangers ? Où puisaient-ils leur sérieux ? Dans les relents de la guerre qui pour nous n'était qu'une épopée hollywoodienne, dans leur statut d'aînés, dans Mai 68 que de loin nous avions confondu avec le sésame de vacances éternelles ? De Bois-Colombes à Paris, des Sables-d'Olonne à Stockholm, Patrice Lelorain met en scène la génération post-68, celle des silences et des non-dits, des causes incertaines, des gloires éphémères, des amours plurielles. Une génération perdue, qui ale rock pour bannière. Peuplé de fées désenchantées et de princes sans royaume, Revenants est une fresque underground, un roman choral écrit au cordeau.
Rosa Candida - Audur Ava Olafsdottir
Zulma
Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. D’un réalisme sans affèterie, tout l’art d’Audur Ava réside dans le décalage de son personnage, candide, cocasse et tendre. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s’épanouit dans un road movie dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.























