Présentation des nouveautés
Le cimetière de Prague - Eco, Umberto
Grasset
Trente ans après Le Nom de la rose, Umberto Eco nous offre le grand roman du XIXème siècle secret. De Turin à Paris, en passant par Palerme, nous croisons une sataniste hystérique, un abbé qui meurt deux fois, quelques cadavres abandonnés dans un égout parisien. Nous assistons à la naissance de l'affaire Dreyfus et à la création de l'évangile antisémite, Les Protocoles des sages de Sion. Nous rencontrons aussi des jésuites complotant contre les francs-maçons, des carbonari étranglant les prêtres avec leurs boyaux. Nous découvrons les conspirations des renseignements piémontais, français, prussien et russe, les massacres dans le Paris de la Commune où l'on se nourrit d'illusions et de rats, les coups de poignard, les repaires de criminels noyés dans les vapeurs d'absinthe, les barbes postiches, les faux notaires, les testaments mensongers, les confraternités diaboliques et les messes noires...Les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce savoureux feuilleton un diabolique roman d'apprentissage. Tout est vrai ici, à l'exception de Simon Simonini, protagoniste dont les actes ne relèvent en rien de la fiction mais ont probablement été le fait de différents auteurs. Qui peut, cependant, l'affirmer avec certitude ? Lorsque l'on gravite dans le cercle des agents doubles, des services secrets, des officiers félons, des ecclésiastes peccamineux et des racistes de tous bors, tout peut arriver...
Le geste du semeur - Cavatore, Mario
Chemin de ronde
Lubo Reinhardt est Tsigane et accomplit son service militaire en Suisse, pays dont il est citoyen à part entière : il y est allé à l'école, y a un métier, y paie ses impôts. Un soir, son frère vient lui apprendre que sa femme a été tuée en tentant de défendre ses deux très jeunes enfants contre la police, venue les prendre sans donner la moindre explication pour les emmener vers une destination inconnue. Pourquoi, mais pourquoi ? demande Lubo, et la réponse de son frère le terrifie. Devant l'horreur que lui inspire son récit, devant l'impossibilité radicale où il se trouve de réagir comme il le devrait, il imagine une forme de résistance inouïe, décide de faire pièce à l'ignominie par un incroyable plan d'action. L'histoire de ce plan, de ses lointaines et douloureuses conséquences, nous est racontée par Mario Cavatore avec une maîtrise avérée du portrait et du dialogue et, dans une logique de thriller, une précision et un sens du suspense implacables. Erri De Luca a immédiatement salué la force narrative et l'humanité de Mario Cavatore, dont il a rapproché le style de celui de Leonardo Sciascia. Une ou deux fois par an, je tombe sur un livre à recommander à un ami. Aujourd'hui, c'est sur Il seminatore , a-t-il écrit à propos de ce roman impressionnant, gagé sur une sinistre réalité historique.
Un avenir - Bizot, Véronique
Actes Sud
"Paul reçoit une lettre de son frère Odd qui lui annonce qu’il “disparaît pour un temps indéterminé et lui demande en post-scriptum s’il peut passer chez lui pour vérifier que le robinet d’un lavabo du deuxième étage de la maison familiale a bien été purgé. Malgré “un rhume colossal, Paul, ni une ni deux, prend sa voiture et parcourt les trois cents kilomètres qui le séparent dudit robinet. Un avenir est l’histoire d’une grande famille pas plus dysfonctionnelle qu’une autre, bouillon de souvenirs plus ou moins fidèles à une réalité elle-même peu fiable. Quand le narrateur débarque dans le coin perdu où seul son frère Odd a pu concevoir de rester vivre (ils sont six enfants, aujourd’hui éparpillés), les gens du village le prennent pour lui : c’est qu’ils sont jumeaux (il ne détrompera personne). Sans doute est-ce précisément ce qui en fait le destinataire de la lettre qui déclenche tout. Dans l’espace de ce dédoublement, se déploie alors la très mouvante peinture d’une fratrie, Harald, Dorthéa, Adina, Odd, Paul, Margrete, en délicatesse avec les aléas de la vie, les soubresauts du monde, l’équilibre des âmes. Ce roman est une cascade narrative, un engrenage existentiel qui, sur une intrigue faussement fluette, nous entraîne d’un triplex monégasque (où l’art animalier fait bon ménage avec le cours de l’acier) à la jungle malaise (dans l’état du Sarawak pour être précis) sans quitter le vieux canapé de la bibliothèque familiale, ou presque. Mais c’est aussi un road-trip en tracteur, une balade aux abords inquiets de l’enfance, une épique séance de natation, un caprice écossais, une vue en coupe de la neurasthénie masculine, entre autres. Dans Un avenir, il n’y a pas énormément d’espoir, et pourtant il y a la possibilité d’un avenir. Il y aussi cette façon qu’a le hors-champ d’être toujours au moins aussi déterminant que les gros plans, car l’auteur excelle à rendre l’absence palpable et les silences audibles. Quelque part sur la ligne de son horizon, Modiano (l’as des disparitions) et Devos (le champion de la finesse) se regardent en chiens de défaillance. Après le très remarqué Mon couronnement, on retrouve non sans jubilation et comme une promesse tenue le style irrésistible et instantanément reconnaissable de Véronique Bizot, ces miracles de phrases en fugue jamais alourdies par leur insondable richesse, cet univers singulier, unique, joyeusement déroutant, où la noirceur est délicieuse parce que toujours saturée d’incongruité drolatique, de lucidité étonnée, de souriant désarroi et de métaphysique légèrement récalcitrante.
Ils ont tous raison - Sorrentino, Paolo
Albin Michel
L'amour ? Il n'y a plus que moi maintenant pour le chanter. C'est pour ça aussi qu'elles viennent à mes concerts. Pour se rappeler ce qu'elles n'ont pas vécu depuis vingt ans, ou plutôt, ce qu'elles n'ont jamais vécu. Tony Pagoda, chanteur de charme, a traversé la scène d'une Italie florissante. De Naples à Capri, il a connu la gloire, l'argent, les femmes. Aussi, lorsque la scène évolue, il comprend que le moment est venu de changer de cap. A l'occasion d'une brève tournée au Brésil, il décide d'y rester. Mais après dix-huit ans d'un exil moite au fin fond de l'Amazonie, un puissant chef d'entreprise reconverti dans la politique lui offre un pont d'or pour qu'il se produise à nouveau en Italie. Tony Pagoda découvre un pays natal qu'il ne reconnaît plus, une Italie vulgaire et stupide où l'argent est roi... Avec ce roman baroque et visionnaire, Paolo Sorrentino, chef de file du nouveau cinéma italien, fait une entrée remarquée en littérature. Dans ce voyage au bout de l'Italie, son héros, Tony Pagoda, chanteur cocaïnomane à la fois tonitruant et désabusé, futile et grave, exprime, avec un humour ravageur, le déclin moral d'un pays et de l'humanité
Le Passager - Grangé, Jean-Christophe
Albin Michel
Je suis l'ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible. Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre. Mais si l'autre est moi-même ?
Un sujet français - Magoudi, Ali
Albin Michel
Un père qui déclare que sa vie est un roman et demande à son fils de l'écrire. Mais comment écrire, après sa mort, si Abdelkader Magoudi n'a rien raconté, et laissé si peu de traces ? A la découverte de cette vie romanesque restée sans mots, Ali Magoudi, psychanalyste et écrivain, se retrouve plongé dans une enquête vertigineuse qui le mène des archives de l'administration française à la Pologne et l'Algérie, du début du XXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sa recherche révèle des pistes inimaginables. Qui nouent le silence du père à la grande Histoire et sondent les mystères de toute identité.
Et te voici permise à tout homme - Abecassis, Eliette
Albin Michel
Femme ? Epouse ? Non. Tu es Agouna. Enchaînée, ancrée, enlisée.
1Q84 Tome 1 - Murakami, Haruki
Belfond
Le passé - tel qu'il était peut-être - fait surgir sur le miroir l'ombre d'un présent - différent de ce qu'il fut ? Un événement éditorial sans précédent. Une oeuvre hypnotique et troublante, un roman d'aventures, une histoire d'amour, deux êtres unis par un pacte secret. Dans le monde bien réel de 1984 et dans celui dangereusement séduisant de 1Q84 va se nouer le destin de Tengo et d'Aomamé...
1Q84 Tome 2 - Murakami, Haruki
Belfond
Les choses qui restent enfermées dans notre coeur n'existent pas en ce monde. Mais c'est dans notre coeur, ce monde à part, qu'elles se construisent pour y vivre. Le Livre 1 a révélé l'existence du monde 1Q84. Certaines questions ont trouvé leur réponse. D'autres subsistent : qui sont les Little People ? Comment se fraient-ils un chemin vers le monde réel ? Pourquoi deux lunes dans le ciel ? Et la chrysalide de l'air, est-elle ce lieu où sommeille notre double ? Ceux qui s'aiment ne sont jamais seuls. Le destin de Tengo et d'Aomamé est en marche. Traduit du japonais par Hélène Morita.
Tout, tout de suite - Sportès, Morgan
Fayard
Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie: celle de nos sociétés saisies par la barbarie. En 2006, après des mois de coups tordus et d’opérations avortées, une petite bande de banlieue enlève un jeune homme. La rançonexigée ne correspond en rien au milieu plutôt modeste dont ce dernier est issu. Mais le choix de ses agresseurs s’est porté sur luiparce que, en tant que Juif, il est supposé riche. Séquestré vingtquatre jours, soumis à des brutalités, il est fi nalement assassiné. Les auteurs de ce forfait sont chômeurs, livreurs de pizzas, lycéens, délinquants. Certains ont des enfants, d’autres sont encore mineurs. Mais la bande est soudée par cette obsession morbide: «Tout, tout de suite.» Morgan Sportès a reconstitué pièce par pièce leur acte de démence. Sans s’autoriser le moindre jugement, il s’attache à restituer leurs dialogues confondants d’inconscience, à retracer leur parcours de fast-foods en cybercafés, de la cave glaciale où ils retiennent leur otage aux cabines téléphoniques d’où ils vocifèrent leurs menaces, dans une guerre psychologique avec la famille de la victime au désespoir et des policiers que cette affaire, devenue hautement «politique», met sur les dents.Indigence intellectuelle et morale au milieu de l’indigence architecturale et culturelle: il n’y a pas de mot pour décrire l’effroyablevide que la société a laissé se creuser en son sein, et qui menace de l’aspirer tout entière. Pas de mot. Il fallait un roman.Il y a vingt ans, Morgan Sportès signait L’appât, roman dont l’adaptation au cinéma par Bertrand Tavernier reçut l’Ours d’or à Berlin.
Rue Darwin - Sansal, Boualem
Gallimard
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt à Alger, où il a vécu son adolescence. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu. Son passé est dominé par la figure de Lalla Sadia, dite Djéda, sa toute-puissante grand-mère adoptive, qui a fait fortune installée dans son fief villageois, fortune dont le point de départ fut le florissant bordel jouxtant la maison familiale. Né en 1949, Yazid a été aussitôt enlevé à sa mère prostituée, elle-même expédiée à Alger. Il passe une enfance radieuse au village, dans ce phalanstère grouillant d’enfants. Mais quand il atteint ses huit ans, sa mère parvient à l’arracher à l’emprise de la grand-mère maquerelle. C’est ainsi qu’il débarque rue Darwin, dans une famille inconnue. Il fait la connaissance de sa petite soeur Souad. D’autres frères et soeurs vont arriver par la suite, qui connaîtront des destins très divers. La guerre d’indépendance arrive, et à Alger le jeune Yazid y participe comme tant d’autres gosses, notamment en portant des messages. C’est une période tourmentée et indéchiffrable, qui va conduire ses frères et soeurs à émigrer. Ils ne pourront plus rentrer en Algérie (les garçons parce qu’ils n’ont pas fait leur service militaire, les filles parce qu’elles ont fait leurs études aux frais de l’État algérien). Le roman raconte la diaspora familiale, mais aussi l’histoire bouleversante de Daoud, un enfant de la grande maison, le préféré de Djéda, dont Yazid retrouve un jour la trace à Paris. Encore une fois, Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur expliquant la difficulté d’avoir deux mères : c’est le cas de Yazid, mais aussi celui de tous les Algériens… Il décrit la corruption, le « grouillement de la misère », l’absence de perspectives, la tristesse générale, l’ennui… Rue Darwin est le récit d’une inguérissable douleur identitaire, génératrice d’un chaos politique et social.
Du domaine des murmures - Martinez, Carole
Gallimard
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son voeu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe. Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu'en Terre sainte. Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante.
O Solitude - Millot, Catherine
Gallimard
« L’impatience heureuse des commencements. L’horizon est un cercle parfait, la mer est déserte, vide comme la page blanche qui m’attend, comme les jours à venir, avec juste le soleil et la mer, et les îles. Et le soleil se lèvera sur la mer, se couchera sur la mer. Je pourrai sortir le matin sur le pont le regarder se lever jusqu’à ce que l’aube grise devienne la rose aurore, et ensuite me rendormir, tout enclose dans la beauté du jour naissant. Le bonheur se confond avec la mer et le soleil et l’écriture à venir, les longues matinées d’écriture, le temps rendu à sa liberté ». Un roman sur le rapport que l’auteur entretient avec la solitude et ses différentes faces, tantôt heureuse et tantôt sombre.
Dix - Sommier, Eric
Gallimard
1999, du côté italien du tunnel du Mont Blanc, dans la vallée d’Aoste. C’est ici qu’habite Lucio, un jeune Italien qui parcourt quotidiennement le tunnel à moto : il est patrouilleur pour la société italienne qui exploite cette partie de la voie. Son métier est d’assurer la sécurité des milliers de véhicules qui l’empruntent chaque semaine. Un jour, un camion prend feu au coeur du tunnel. Ni le centre de sécurité où travaillent ses collaborateurs italiens, ni l’équipe française postée de l’autre côté, à Chamonix, ne réalisent immédiatement la gravité de la situation. Seul face au brasier, Lucio tente de sauver le plus d’automobilistes possible, soit en leur indiquant la direction de la sortie à travers les flammes et l’épaisse fumée, soit en les emmenant sur sa moto. Mais au moment d’extraire une ultime victime, un chauffeur routier, il perd connaissance, et les pompiers arrivent trop tard. Avant de mourir, Lucio aura sauvé dix personnes. Tout au long de l’histoire, le texte nous révèle aussi quelques moments clés du passé plutôt ordinaire de ce héros anonyme, sa passion ratée avec une sculptrice qui le quitta quelques jours avant le drame… Inspiré directement de la tragédie du tunnel du Mont Blanc qui coûta la vie à une trentaine de personnes en mars 1999, ce texte n’est pourtant pas un documentaire. C’est une véritable fiction, avec sa vérité romanesque, un suspens captivant, une écriture fluide, narrative, et des scènes proprement spectaculaires qui frappent par leur réalisme. À travers ce texte, l’auteur pose une question toute simple : qu’est-ce qu’être un héros aujourd’hui ? En voilà sans doute un bel exemple, à moins que cet homme ne soit qu’une légende
Une nuit à Reykjavik - Svit, Brina
Gallimard
Belle, riche, sûre d’elle, cadre supérieur d’une grande compagnie aérienne, Lisbeth Sorel incarne la femme indépendante, fière de sa réussite sociale. Un soir à Buenos Aires, elle remarque Eduardo Ros, danseur de tango qui loue ses charmes à des dames vieillissantes. Elle le met au défi de se faire payer pour passer une nuit avec elle, à Reykjavik. Pourquoi Reykjavik ? Par pur caprice. Mais Eduardo n’est pas l’homme-objet qu’il semble être, pas plus que Lisbeth n’est la femme brillante qu’elle voudrait paraître, entre une vie sentimentale pathétique et le deuil impossible de sa soeur emportée par un cancer. Tous deux vont effectivement se retrouver, mais cette nuit de Reykjavik n’aura rien d’une nuit d’amour. Dans une quasi inversion des rôles, elle va craquer tandis qu’Eduardo se retrouve en position de la materner… Pourtant, ce pitoyable fiasco érotique va peut-être débloquer quelque chose chez Lisbeth, l’obliger à reconsidérer que quelque chose ne va pas dans sa conception de l’existence. Un roman en apparence léger, très ironique, qui prend progressivement de l’ampleur et débouche sur une réflexion sur la maladie, la mort et les liens du coeur.
Les souvenirs - Foenkinos, David
Gallimard
Le narrateur, apprenti romancier, prend conscience à l’occasion du décès de son grand-père de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui. Il comprend que le seul moyen de garder l’amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manoeuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu’il n’a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout. Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue… Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu’il va aimer, et qui le quittera. Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d’écrire son roman, et peut-être son avenir. David Foenkinos nous offre ici une méditation sensible sur le rapport au temps et sur la mémoire. Les rapports entre générations, les sentiments enfouis, les déceptions de l’amour, le désir de créer, la tristesse du vieillissement et de la solitude, tout cela est exprimé avec une grande délicatesse, un humour léger et un art maîtrisé des formules singulières et poétiques.
Rien ne s'oppose à la nuit - Vigan, Delphine de
Lattès
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.
Persécution - Le feu ami des souvenirs - Piperno, Alessandro
Liana Levi
Leo Pontecorvo est un professeur de médecine reconnu et un père de famille respecté. Avec savoir vivre et discrétion, il mène une vie confortable. Les excès et les incartades font d’autant moins partie de son univers qu’il est issu d’une famille juive romaine qui a sa place dans la bourgeoisie depuis des décennies, ce qui lui confère une tranquille approche de la vie. Mais voilà qu’un soir, en regardant le journal télévisé, il apprend qu’une gamine de douze ans, petite amie de l’un de ses fils, l’accuse d’avoir tenté de la séduire. Un gouffre s’ouvre sous ses pieds. Rien dans sa vie ne l’a préparé à affronter une situation aussi humiliante. Rien ne l’a préparé à se battre en général. Depuis toujours il s’est déchargé des contingences matérielles sur sa mère et sa femme, Rachel. Au lieu d’affirmer son innocence, Pontecorvo se replie sur lui-même et commence une lente descente aux enfers, tout en se remémorant comment le piège s’est refermé sur lui entre l’indispensable et trop raisonnable épouse, la fillette mythomane, les clinquants parents de l’accusatrice, l’intraitable magistrat, l’ami avocat pervers… Dans ce roman magistral, Alessandro Piperno décortique les moindres détours de l’âme humaine, sa complexité, ses ambiguïtés. Avec une écriture aux milles subtilités, qui ne dédaigne pas l’inventivité, il enveloppe le lecteur dans un récit aux innombrables ramifications.
L'accordeur de silences - Couto, Mia
Métailié
« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final. Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu’il appelait vaguement “l’Autre-Côté” ». Dans la réserve de chasse isolée, au coeur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité. Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.
Barroco tropical - Agualusa, José-Eduardo
Métailié
Une femme tombe du ciel et s'écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu'elle le quitte. Il décide de percer ce mystère et, alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d'hommes politiques et d'entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu'il sera la prochaine victime. Il croise les chemins d'une chanteuse à succès, d'un trafiquant d'armes ambassadeur auprès du Vatican, d'un guérisseur ambitieux, d'un ex-démineur aveugle, d'un dandy nain, d'une mère de saint adepte du mariage, d'un jeune peintre autiste, d'un ange noir ou de son ombre. Il explore une Luanda de 2020 métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Où, comme dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine, les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsions où l'insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction. Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l'excès, que ce soit dans la façon de s'amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance.
Des vies d'oiseaux - Ovaldé, Véronique
Olivier
Une femme tombe du ciel et s'écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu'elle le quitte. Il décide de percer ce mystère et, alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d'hommes politiques et d'entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu'il sera la prochaine victime. Il croise les chemins d'une chanteuse à succès, d'un trafiquant d'armes ambassadeur auprès du Vatican, d'un guérisseur ambitieux, d'un ex-démineur aveugle, d'un dandy nain, d'une mère de saint adepte du mariage, d'un jeune peintre autiste, d'un ange noir ou de son ombre. Il explore une Luanda de 2020 métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Où, comme dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine, les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsions où l'insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction. Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l'excès, que ce soit dans la façon de s'amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments o« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo ». Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue, par effronterie, insolence, nostalgie ? hanter la demeure familiale. Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister. Sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.u sa souffrance.
Le ravissement de Britney Spears - Rolin, Jean
POL
Faut-il prendre au sérieux les menaces d'enlèvement qu'un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui. Certes, l'agent qu'ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps - il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la mélancolie -, mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s'accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu'à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles. II n'en échouera pas moins dans sa mission, et c'est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu'il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie.
Clèves - Darrieussecq, Marie
POL
Solange se demande s'il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là.
Hymne - Salvayre, Lydie
Seuil
Le 18 août 1969 à l’aube, devant le parterre dévasté de Woodstock, Jimi Hendrix déchire le silence au son sauvage de sa guitare pour jouer l’hymne américain. C’est un cri. Et ce cri, telle est la conviction de Lydie Salvayre, seul Jimi Hendrix pouvait lui donner toute sa puissance. Parce qu’il est noir, de cette minorité qu’on envoie volontiers mourir au Vietnam. Parce qu’il est aussi Cherokee, de cette minorité peau-rouge niée dans ses droits et dans sa dignité. Parce que sa mère a sombré dans l’alcool et a dérivé vers la mort. Et parce qu’enfin la musique a été sa seule balise, cette musique dont il fut un explorateur trop génial pour être tout à fait compris par son époque. Mais son manager le poussait à des tournées exténuantes et répétitives. Face au cynisme du show business, le génial guitariste et chanteur s’adonne à une consommation frénétique et désespérée de femmes et de drogues, dans une fuite autodestructrice qui le conduira à mourir dans son vomi. Ressassant de façon litanique ce moment historique du 18 août 1969, Lydie Salvayre tire les fils de la biographie, mais affirme aussi la puissance suicidaire de tout véritable créateur. Elle écrit, avec sa force visionnaire, la légende dorée de Jimi Hendrix.
Room - Donoghue, Emma
Stock
« Room appartient à cette espère si rare, celle des vraies oeuvres d’art. Vous dire qu’il ne ressemble à aucun autre livre est pour moi le plus beau des compliments. Il suffit de décrire sa puissance, sa beauté sombre et pleine de révélations. » Michael CunninghamSur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Cette mère occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il habite seule avec elle dans une pièce unique, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais Ma fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne va pouvoir continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir. Mais l’enfant va-t-il réussir à trouver des repères loin de leur univers ? Quel accueil lui réservera le monde extérieur, lui l’enfant né de la captivité d’une femme ?Room interroge la capacité de survie qui existe en chacun de nous, tout en célébrant les pouvoir du récit et du langage. Mais l’auteur résume magnifiquement son principal objet de réflexion : « Le drame essentiel de la parentalité : comment l’on passe d’un instant à l’autre du rôle de celui qui console à celui qui persécute, tout comme les enfants passent leur temps à illuminer notre vie et à nous rendre fous. J’ai essayé de saisir cette étrangeté et ce paradoxe. Devenir parent suscite les émotions les plus folles qu’on puisse ressentir.»
Un ange noir - Beaune, François
Verticales
J'ai un secret inexplicable, difficile à décrire : pour résumer, on ne me trouve pas sympathique. Journal de cavale, carnet de métamorphose ou confessions d'un antihéros, Un ange noir se joue des genres littéraires, du polar sans flic au roman métaphysique. Brouillant progressivement les pistes, François Beaune nous entraîne dans la logique implacable d'un homme, a priori sans histoires, qui vient tout juste d'entrouvrir les portes de sa nature profonde.































